A propos de la liberté de penser
Bonjour,
Je découvre, en écoutant les actualités, que les problèmes de religion et de choc des cultures restent d’actualité, prés de 900 ans après les croisades. Déjà, je vous avais dit combien nous étions heureux de pouvoir se côtoyer, entre chrétiens et juifs, dans notre bonne ville de Troyes, notamment au sein de l’école talmudique de Maître Salomon, dit Rachi.
Cette bonne entente, tant sur le plan des relations entre vignerons champenois, qu’entre voisins, étaient des plus cordiales et n’étaient assombris que par la venue d‘un moine ou d’un prêtre de passage, dont les prêches n’étaient pas tendres à l‘égard des juifs.
Maître Salomon nous avait appris à nous, ses élèves chrétiens et juifs, à nous forger nous-même une opinion, à avoir un esprit critique et à ne pas nous laisser entraîner à suivre l’opinion de la masse, ce que vous appelleriez aujourd’hui le « politiquement correct ».
Aujourd’hui encore, un certain courant de pensée vous imposent une vue « bien-pensante » qui peut en arriver rendre tolérable l’intolérable, c’est-à-dire de ne pas défendre sa propre liberté de penser, de ne pas dire les choses de peur de gêner l’autre. Si on se laisse faire, les censeurs « bien-pensants » vous empêchent de penser par vous-même et proscrivent le libre débat, les paroles et les idées atypiques, débattant en connivence, poussant les indociles à l’exil intérieur. On en finit par se censurer soi-même, à faire l’éloge de l’eau tiède, se soumettant à la pensée dominante abrutissante, dans l’ignorance du débat salutaire.
Les clivages de société se feront, comme ils se sont toujours faits, entre des sociétés où la parole est libre, et d’autres où elle est captive, celui qui la prend risquant toujours sa vie s’il ose en user contre la pensée dominante ou contre le despote qui le gouverne.
D’ailleurs, ce débat critique était courant dans l’école de Maître Salomon, dénommé pilpoul, sorte de discussion sans fin sur chaque mot des textes saints.
Mais je ne veux pas jouer les moralisateurs. Simplement vous décrire dans quel état d’esprit nous nous trouvions à Troyes lorsque des brigands croisés surgirent dans la ville, à l’affût de trésors, de violence et de sang. Comment aurait-on pu tenter de les raisonner ou de les faire douter, tant leur certitude était grande, sans remords aucun de verser le sang de l’infidèle le plus proche, c’est-à-dire le juif, en Francie.
Mais je n’ai pas le cœur à vous raconter ce qu’il est advenu alors. Vous pourrez le lire dans le livre Le Onzième Templier. Sachez simplement que Missiya et moi dûment nous exiler et nous réfugier hors de la ville.
A Bientôt,
Votre dévoué, Chrestien.